Le son de la pluie

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<< Au Japon, j’ai eu une conversation avec un grand maître…nous parlions de tous ces gens qui travaillent à traduire les livres traitant du Zen, et il a dit :  » C’est une perte de temps. Si vous comprenez vraiment le Zen…vous pouvez utiliser n’importe quel livre. La Bible. Alice au pays des merveilles. Vous pouvez même utiliser le dictionnaire, car…le bruit de la pluie n’a pas besoin de traduction. «   >>

Alan Watts

L’interdépendance

J’ai vaguement évoqué la notion d‘interdépendance dans mon article sur le chamanisme mais j’imagine que ce concept a dû sembler obscur pour la plupart d’entre vous, ce qui est tout à fait normal puisque c’est une notion qui s’est perdue au cours de l’évolution de notre société occidentale.

Il s’agit d’une notion très complexe dont je ne maîtrise pas tous les aspects : aussi je me contente aujourd’hui de vous l’exposer d’une façon assez superficielle mais néanmoins suffisante pour en comprendre l’essentiel.

L’interdépendance désigne le fait que les choses de ce monde ne peuvent exister par elles-mêmes. L’astrophysicien Trinh Xuan Thuan explique d’une façon claire cette notion :

<< L’interdépendance des phénomènes constitue un des principes fondamentaux du bouddhisme. Rien ne peut exister de façon autonome, et être sa propre cause. Un objet ne peut être défini qu’en termes d’autres objets et n’exister qu’en relation avec d’autres entités. Autrement dit, ceci surgit parce que cela est. L’interdépendance est essentiel à la manifestation des phénomènes. >>

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Appelé « nœud éternel », ce symbole représente l’interdépendance et la dépendance des phénomènes entre eux.

Dans le monde occidental, nous connaissons plus souvent ce principe d’interdépendance sous le nom de loi de causalité. Une image bien représentative de ce phénomène est la chute des dominos, s’entraînant les uns les autres.

Plus populaire encore, « l’effet papillon » est généralement bien connu. Cette expression est issue du titre d’une conférence du scientifique Edward Lorenz :  » Le battement des ailes d’un papillon au Brésil peut-il provoquer un ouragan au Texas ?« 

Comprendre l’interdépendance, c’est comprendre que les choses de ce monde ne sont pas distinctes les unes des autres : elles ne sont que le résultat visible de l’interdépendance.

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Que vous inspire l’interdépendance ?

Les écoles du bouddhisme

 Je vous ai déjà parlé du bouddhisme dans son ensemble. Maintenant que cette notion est plus claire – du moins, je l’espère – je vais tâcher de décrire brièvement et de façon juste les principales écoles du bouddhisme !

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Après la mort du Bouddha, ses enseignements se sont propagés dans l’Inde principalement, puis progressivement dans les pays voisins, jusqu’aujourd’hui, où une Occidentale telle que moi écrit sur le sujet !

Quoi qu’il en soit, on s’accorde pour dire que c’est suite à la mort du Bouddha qu’a eu lieu la division du bouddhisme en plusieurs branches.

Pour commencer, le bouddhisme theravāda est, je crois, le plus connu d’entre tous, répandu majoritairement en Asie du Sud et du Sud-Est. Cette forme du bouddhisme est considérée comme la plus proche de la doctrine originelle du Bouddha : les disciples de cette école accordent une grande importance – en général – aux règles monastiques. Le bouddhisme mahāyāna est quant à lui moins « austère » que le theravāda, au sens où c’est une école plus tolérante en ce qui concerne la pratique. Cette école se distingue notamment par sa doctrine de la vacuité (pour ceux qui sont intéressés, cliquez ici) mais ça, c’est une autre histoire. Le courant zen découle de cette école ! En ce qui concerne le bouddhisme vajrayāna, disons qu’il s’agit d’un mélange d’éléments du yoga indien et de l’école bouddhiste mahāyāna. On dit que cette école est proche du shivaïsme et de l’hindouïsme du fait qu’elle contient certains éléments du yoga indien. On l’appelle également bouddhisme tantrique. Pour finir, nous ne manquerons pas de citer le bouddhisme s’étant développé au Tibet, sobrement appelé bouddhisme tibétain : cette école est très connue du fait que le Dalaï-Lama en est membre.

Voilà, en bref, l’essentiel de ce qu’il y a à savoir sur les écoles du bouddhisme ; si vous en retenez la moitié, c’est déjà très bien !

N’hésitez pas à me faire remarquer mes erreurs ou à poser vos questions !

Qu’est-ce que le bouddhisme ?

J’ai pensé qu’il était un peu bête de créer un blog dont le sujet principal est le bouddhisme sans réellement parler à aucun moment de ce qu’est le bouddhisme. Aussi, je vais essayer dans cet article de clarifier cette notion un peu floue pour la majorité des Occidentaux, en espérant ne pas être trop subjective dans mes dires ! Je vais également essayer de faire aussi court et synthétique que possible, histoire de ne pas paumer la moitié des lecteurs dès les premières lignes !

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Commençons par dire que le bouddhisme existe depuis plus de 2500 ans, et que, grossièrement, il s’agit de « la manifestation de l’existence du Bouddha, de son enseignement (Dharma) et du Sangha (ordre des moines) » selon Min Thin-Oen, de Buddhaline. Cette définition me paraît claire et juste. Il faut savoir qu’il existe un débat sur le statut du bouddhisme (religion ou philosophie ? En ce qui me concerne, je penche pour la seconde option) ; plus important encore, Bouddha n’est pas un dieu ! Celui que l’on nomme ainsi a existé, c’était un homme comme les autres, à la différence près qu’il était prince. Néanmoins, cette information a déjà été contredite : d’autres disent qu’il était le fils du chef d’un village. Quoi qu’il en soit, il ne faut pas oublier que la vie de Bouddha a été mythifiée, déformée : aussi, nous pouvons facilement remettre en question tout ce qui pourrait se dire au sujet de son existence. Par ailleurs, Bouddha signifie « éveillé » (ayant atteint la sagesse suprême) : le véritable nom de celui que l’on appelle ainsi est Siddhārtha Gautama.

Vous l’aurez compris, c’est suite à cet éveil que Siddhārtha a été nommé Bouddha. Cet éveil, il l’a connu en prenant conscience de la souffrance humaine et en y cherchant un remède. On dit que c’est en méditant profondément que Bouddha comprit quelles sont les causes et remèdes de la souffrance humaine. Suite à cet éveil, il délivra de nombreux enseignements jusqu’à sa mort…mais ça, j’y reviendrai plus tard !

 

Cet article vous a t-il éclairci sur certains points ? N’hésitez pas à poser des questions !

Les concepts du Zen

Le bouddhisme Zen comprend 5 concepts qu’il est important de bien connaître afin de mieux comprendre cette philosophie. Les définitions qui suivront sont tirées du site très clair et complet Bouddhisme Zen. Je vous conseille de le visiter si vous souhaitez en savoir plus !

Mushotoku : méthode d’éducation liée au Zen et aux arts martiaux japonais. Ce terme signifie « esprit qui ne cherche pas à obtenir ». Sans sa pratique, Zazen s’avère inauthentique puisqu’il définit l’attitude où l’esprit ne s’attache à rien et ne s’attend à rien (objet, pensée, résultat voire profit). En outre, il prescrit au pratiquant l’abandon du soi, la concentration sur le moment présent, sans toutefois verser dans l’égocentrisme. Si l’esprit se fixe sur un point particulier, la sagesse ne peut être peaufinée puisque obnubilée par des concepts erronés.

Hishiryo : signifie « penser sans pensées ». Il s’agit d’une attitude utilisée pendant Zazen. Elle vise à pratiquer la non-pensée en laissant passer les réflexions, en ne leur accordant aucune attention spécifique. Ainsi, en cet état d’esprit précis, la conscience Hishiryo se manifeste et permet d’élargir l’esprit, l’inconscient. Il offre par ailleurs la chance d’obtenir une alliance parfaite entre corps, esprit et cosmos.

ZanshinZanshin est un terme utilisé dans le cadre de la pratique d’arts martiaux japonais. Il est lié à un état de conscience, une vigilance active face à une menace potentielle. Il consiste en une concentration maximale, sans toutefois avoir un but précis, un objet spécifique et doit être présent avant, pendant et après la menace, le danger potentiel. Cet état d’esprit et de conscience se doit de ne pas être visible aux yeux des autres, tel un chat qui guette sa proie. Avec Zanshin, on domine en permanence la menace dans l’optique de l’éliminer définitivement.

Satori : raison d’être du Zen pour certains, satori est un terme bouddhiste signifiant « l’illumination », l’éveil spirituel. Il désigne une expérience qui se prolonge, qui se peaufine, afin d’en faire un état éventuellement permanent. Comme le bouddhisme zen voit en l’éveil une expérience transitoire dans la vie, une espèce d’épiphanie, le satori est l’état qui définit cette fabuleuse transition.

Shikantaza : concept de l’école Zen Soto décrivant la méditation Zazen ou signifiant littéralement « juste s’asseoir ». L’idée qui en découle est que Zazen se doit d’être pratiqué en tout « laisser aller », sans interrogations, sans attentes. Juste en s’asseyant en état de concentration et d’attention. Il vise à laisser les pensées et les sensations surgir, sans prendre d’action à leurs égards, les laisser défiler sainement, afin de leur permettre de se résorber d’elles-mêmes.

La pratique de l’égalité

A une connaissance d’un forum, un sympathique moine zen, je demandais comment gérer ses émotions, notamment face aux situations néfastes (ou quelque chose dans ce genre-là!). Il m’a alors soumis ce petit texte en guise de rappel.

La pratique de l’égalité comporte trois volets :

1. Endurance (ferme et égale) au lieu d’essayer de se protéger contre les impacts déplaisants, de les fuir ou de leur échapper, on peut y faire face, apprendre à les supporter et à les endurer avec persévérance et courage. Trois résultats : facilité accrue de l’endurance ; développement de l’observateur en nous ; possibilité de changer notre caractère.

2. Indifférence impartiale : laisser passer ce qui est déplaisant sans réagir sur le champ. Trois résultats : facilité accrue de détachement ; observation de nous-mêmes améliorée ; possibilité de changer nos automatismes.

3. Soumission à l’ordre cosmique (ou Divin) : acceptation non égoïste des choses ou résignation chrétienne. Les trois résultats sont aussi au rendez-vous.

Les trois volets sont à pratiquer simultanément dans le sens ou on utilise ce qui nous semble l’attitude la plus appropriée en fonction de la situation.

J’espère que vous saurez vous rappeler de cela lorsque vous avez l’impression de perdre le contrôle !

La fleur de lotus

« La fleur de lotus prend ses racines dans la vase et

pousse à travers l’eau pour que sa fleur immaculée

s’élève et s’ouvre à la lumière du soleil.

La fleur de lotus incarne le chemin spirituel de l’homme.

Elle est le symbole de la purification parfaite du corps,

de la parole et de l’esprit.

Le bouton de lotus représente le potentiel

de libération qui réside en chaque être.

La fleur ouverte, quant à elle,

évoque la réalisation complète de l’éveil »

 

Extrait de  « Bouddhisme» de Dieter Glogowski

La loi du karma ~ Daniel BukohoTen

On peut difficilement adhérer au bouddhisme si on n ’a pas compris la loi du karma. On en a une notion assez vague vu de l ’occident. La plupart y voit une sorte de fatalité, une épée de Damoclès suspendue sur nos têtes. D.T. SUZUKI s ’est élevé dès 1907 dans un livre sur le Bouddhisme Mahayana contre ceux qui croient connaître le dharma et donne une telle notion du karma. Ce pseudo-bouddhisme est utilisé, dit-il, pour ignorer le racisme, les inégalités sociales, l ’exploitation économique des plus faibles, l’esclavagisme, l ’abus d ’enfant et tous les crimes contre l ’humanité.

La notion du karma est antérieure au Bouddha historique. On la trouve dans les Upanishad 250 ans avant lui (800 Avant JC). En Inde le karma est utilisé pour accepter les différences entre les gens dans différentes castes. Puisque vous êtes nés dans telle caste vous êtes voués à subir tel ou tel attribut, tel ou tel désagrément. Le Bouddha s ’est élevé contre le système des castes et aujourd ’hui son enseignement a pratiquement disparu d ’Inde. Il avait une notion différente du karma.  Dans sa compréhension du monde le karma n ’est pas la seule force qui affecte l ’Univers, il y en a quatre autres :

Le karma (karma Niyama)
La loi de la nature (dharma Niyama)
Les saisons et le changement climatique (Irthu Niyama)
L ’héritage génétique (Biija Niyama)
la volonté, la conscience de l ’esprit (Chitta Niyama)

Ce que nous sommes aujourd’hui dépend de ces cinq facteurs. Ici on retrouve toute la force de la conception du Bouddha. Le monde actuel est un monde de contraintes fortes liées  au deuxième, troisième et quatrième forces : la nature (Tsunamis, cyclones, accidents nucléaires, biodiversité…), le changement climatique, les crises sociales, les problèmes physiques et psychiques liés à nos gènes et aux mutations, aux OGM.  La cinquième force c ’est la volonté qui dirige nos actes avec nos caractéristiques (conscience morale, psychologie, conditionnement). Nous pouvons changer notre destinée par nous-même, par notre volonté d ’agir. Ici intervient le libre-arbitre. On n ’est pas obligé de subir, on se doit de réagir quand il le faut, quand on peut (les japonais ont cette expression fataliste Shi kata ga nai face au destin implacable qui les frappe),pourtant ils agissent car au fond d ’eux même ils sont bouddhistes. Agir oui, mais attention aux préjugés, au conditionnement de l ’esprit, aux catégories stéréotypées. Le plus simple, le plus sage, est de ne rien faire et d ’attendre que la situation change par elle-même. Ainsi on n ’est sûr de ne pas réagir sous l ’impulsion de sentiments, de jugements négatifs. Si l ’on est sûr d ’être dans le vrai, alors allons-y droit devant, agissons pour que ça change !

De ce que vous faîtes, dites, pensez là, maintenant, dépend le futur.  Vous êtes acteur de votre propre vie. C ’est comme taper dans la peau d ’un tambour. La résonance  du son se transmet longtemps après le coup. Le karma c ’est l ’enchaînement, une cause → un effet. Un effet → une cause. Nos actes (actions, paroles et aussi pensées)  sont générateurs de  conséquences pour soi et pour les autres, et de ce fait ce qui arrive maintenant provient de nos actes passés qui ont été des causes. Tout est lié étroitement, c ’est l ’interdépendance dans cette vie et au delà, en acceptant la possibilité de la Réincarnation. Pour le Bouddhisme ce n ’est pas l ’âme qui se réincarne, mais une énergie colorée par le karma spécifique de chacun d ’entre nous. Nous avons tous une nature spécifique, une belle nature de Bouddha qui se révélera un jour libérée du karma.

Pour le karma collectif lié à l ’héritage génétique, géographique, à l ’environnement social il en va de même. On voit aujourd’hui les masses se soulever parce qu ’elles en ont la volonté. Les peuples veulent que ça changent, dans les pays arabes et un peu partout dans le monde. Il suffit pour s ’en rendre compte de suivre l ’actualité, c ’est effrayant mais il n ’y a pas de fatalité. Les différences entre les peuples sont autant d ’énergie, autant de Niyamas à comprendre et à adapter. Le terme Niyama dans les yoga sutra de Patanjali (400 ans Avant JC) signifie : répression, restriction, limitation ou pratique, observance.

C ’est notre monde avec ses différences , avec ses richesses, ses contraintes qui doit s ’adapter.

Daniel BukohoTen

Le Noble Octuple Sentier

Le Noble Octuple Sentier est également appelé par le Bouddha la voie du milieu.

C’est dans le sermon de Bénarès qu’il commence à enseigner cette voie, celle-ci étant la quatrième noble vérité énoncée.

L’octuple sentier explique comment pratiquer de façon à atteindre la libération spirituelle, le nibbãna, ou Nirvâna.

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Ce chemin mène à la sérénité et à l’éveil spirituel, le Nirvâna. Il s’agit bien sûr de l’octuple noble sentier.

Les huit embranchements de cette voie doivent être appliqués simultanément par le pratiquant désirant atteindre l’Éveil. On peut les diviser en trois grandes idées : la sagesse, l’éthique et la concentration.

SAGESSE ~ PRAJNÂ

Compréhension juste  ~ Sammā ditthi

Il s’agit essentiellement de comprendre l’enseignement du Bouddha dans son ensemble. Cette première noble vérité nécessite tout d’abord que l’on comprenne l’origine de la souffrance humaine. La cause fondamentale est l’impermanence, l’instabilité de toute chose et notamment du bonheur. Cependant, nous nous créons toutes sortes d’illusions pour ne pas voir le caractère éphémère des choses. Nous nous concevons toutes sortes d’attentes qui sont alors en inadéquation avec la réalité : en effet, la réalisation d’un désir n’apporte qu’une satisfaction passagère qui s’enfuit une fois un nouveau désir apparu.

<< Ce n’est pas par la satisfaction du désir que l’on on obtient la liberté, mais par sa destruction. >>

Épictète

Par compréhension juste, nous entendons compréhension de la vie, de ses souffrances, des causes de celles-ci et de la façon de s’en détacher. Il s’agit avant tout de se comprendre soi-même, de se libérer de ses illusions et de connaître la voie qui permet de s’affranchir de la vacuité.

Pensée juste ~ Samnā saṅkappa

Dans la voie bouddhiste, ce qu’on appelle pensée juste, c’est une pensée qui est avant tout l’expression de la compassion : il s’agit de s’interroger sur la manière d’aider tous les êtres, d’être capable d’empathie.

<< Si nombreux que soient les êtres,

Je fais vœu de les sauver tous.

Si nombreuses que soient les passions,

Je fais vœu de les vaincre toutes.

Si nombreux que soient les dharmas,

Je fais vœu de les acquérir tous.

Si parfaite que soit la voie du Bouddha,

Je fais vœu de la réaliser. >>

Les vœux de la prise de refuge : les quatre grands vœux d’un bodhisattva.

La bienveillance est un élément essentiel : être capable de se réjouir du bonheur des autres de façon désintéressée. Éviter les pensées produites par les émotions néfastes telles que la jalousie ou la convoitise.

Cette pensée permet de s’identifier à l’autre, en quelque sorte de détruire le mur qui nous sépare de ce qui n’est pas nous. C’est la recherche de l’harmonie, en somme.

ETHIQUE ~ SHÎLA 

Parole juste ~ Sammā vācā

Par parole juste, nous devons entendre une parole morale et authentique, dépourvue du mensonge, du désir de blesser et d’offenser autrui. Au contraire, c’est une parole de bienveillance, qui adopte un comportement empathique, en somme, faire usage de cette parole dans l’esprit de la pensée juste : dans le but d’aider, de réconforter, et non à des fins malhonnêtes et égoïstes.

Action juste ~ Sammā kammanta

Dans la continuité de la pensée et de la parole juste, l’action est peut-être le plus important des aspects éthiques de ces préceptes. Là, il s’agit d’agir dans le but de se libérer de ses conditionnements (socioculturels, notamment), de nettoyer son esprit des trois poisons afin de ne pas blesser autrui et d’être injuste.

<< Si, avec un mental pur, quelqu’un parle ou agit, alors le bonheur le suit comme l’ombre qui jamais ne le quitte. >>

Le Bouddha

L’essentiel étant de ne pas voler, tuer, consommer des substances intoxicantes (le bouddhisme met l’accent sur l’importance du respect de son corps et de sa bonne santé), développer une sexualité exacerbée et malsaine. Dans le bouddhisme, il est dit que le partenaire sexuel doit être traité avec respect et l’acte ne peut se dissocier de l’amour et de la bienveillance.

Mode de vie juste ~ Sammā ājiva

Essentiellement, il implique de gagner sa vie honnêtement, sans nuire à qui que ce soit. Sont bien sûr prohibées les professions qui nuiraient à l’environnement ou provoqueraient la souffrance des animaux, par exemple.

CONCENTRATION~ SAMÂDHI

Effort juste ~ Sammā vāyāma

Chaque action doit être une fin en elle-même et non un moyen d’accéder à quelque chose, c’est cela que l’on entend par effort juste. Il ne s’agit pas de rechercher sans relâche d’atteindre un but précis, ce qui mène à la mortification. Il est plus question d’un effort constant mais pas néfaste.

Chaque instant doit être considéré comme l’occasion de réaliser sa voie et non comme un moyen de parvenir à autre chose. L’effort juste consiste également en prendre en compte les autres, pratiquer avec eux, sans laisser qui que ce soit derrière nous. C’est un état d’esprit solidaire et bienveillant, mais aussi et surtout désintéressé.

Attention juste ~ Sanmā sati

Selon le Bouddha, c’est l’attention juste qui permet de réaliser l’éveil. On parle d’un état de présence constante, d’ « ici et maintenant » : un esprit de conscience qui ne se laisse ps distraire. Être totalement dans le moment, « un » avec ce que nous faisons.

<< Chaque fois que vous êtes vraiment présent, vous êtes à même de reconnaître la présence de l’autre, la pleine lune, l’étoile du matin, la fleur de magnolia, ou la personne que vous aimez. >>

Thich Nhat Hahn

Être attentif, c’est prêter constamment attention à ce qui se passe dans le moment présent, et plus particulièrement dans son corps, en premier lieu : la respiration est un élément très important .

Remarquer les émotions, les sensations et les sentiments au moment présent, voilà l’essentiel. Ne pas fuir les sensations désagréables pour rechercher l’agréable, mais les comprendre et apprendre à passer au-delà, à ne pas s’y attacher quand on doit y faire face, c’est-à-dire être dans l’acceptation.

De plus, il s’agit de se concentrer sur soi-même, la façon de se changer pour rendre le monde meilleur à son échelle.

Par ailleurs, il est très important de se rappeler constamment les quatre nobles vérités.

Concentration juste ~ Sammā samādhi

C’est dhyãna, la pratique de la concentration : la méditation. Elle commence par l’abandon de ce qui se rapporte en nous aux trois poisons, toutes les émotions négatives. Puis nous nous débarrassons des états néfastes. Puis nous nous délivrons des états néfastes tels que la somnolence ou bien l’agitation, mentale et physique : au demeurant, ce qui nuit à la concentration.

Enfin, nous nous détachons du mental, des pensées : il est question de les observer sans y prêter attention, sans s’y attacher.

L’idée étant de trouver un état de liberté.

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Les Quatre Nobles Vérités

En l’an – 525  Gautama Siddhartha, devenu Sakymûni suite à son éveil sous l’arbre de la Bodhi, prit conscience de toute l’ampleur de la souffrance humaine. Il souhaitait libérer l’humanité de celle-ci, mais ce n’était pas chose aisée. Aussi choisit-il de communiquer à tous la façon de se libérer eux-mêmes, en énonçant les Quatre Nobles Vérités, celles qui permettraient à chacun de comprendre commun s’engager sur le chemin du perfectionnement et de la libération spirituels.

Aussi, il se rendit à Isipatana (à Bénarès), au parc des Gazelles, et transmit à cinq ascètes – ses compagnons rencontrés suite à son départ du palais royal – les Quatre Nobles Vérités.  On appelle ce discours le premier sermon du Parfait, engageant sur la voie de l‘Enseignement Progressif, mais aussi Dharma Cakrapravartana Sutra (sermon mettant en mouvement la Roue de la Loi) ou plus simplement, le Sermon de Bénarès.

La première noble vérité : Dukkha Sacca ~ La Souffrance

C’est ce à quoi l’homme est le plus accoutumé, l’état dont il est le plus familier  : sa condition même n’est que souffrance. Elle se manifeste sous toutes sortes de formes, prenant le visage de l’amour quand on perd un être cher ; celui du désir quand on souhaite ardemment obtenir quelque chose, sans succès, ou encore celui de le la haine. Néanmoins, ses apparences sont infinies.
Le terme de dukkha peut être associé à l’impermanence du bonheur, l’imperfection ou encore l’insatisfaction. On traduit généralement dukkha par « la vie est souffrance ».

La deuxième noble vérité : Samudaya Sacca ~ Les Causes de la Souffrance

Cette seconde vérité traite de l’origine de la souffrance, sa provenance et ses causes. Elle présente les différents aspects de la souffrance, ce qui la provoque chez l’homme, et les causes sont nombreuses.
Selon Bouddha, l’homme est victime de la « soif », de son avidité constante.

La troisième noble vérité : Nirodha Sacca ~ L’Extinction de la Souffrance

Cette vérité définit l’état de l’esprit humain une fois nettoyé de toutes ses illusions qui le rendent vulnérable et ignorant.

La quatrième noble vérité : Marga Sacca ~ La Voie vers l’Extinction de la Souffrance

Ce sont les moyens d’entraver la souffrance et de finalement l’éradiquer, le chemin menant au Nirvâna, le Noble Sentier Octuple. C’est la libération de l’esprit, l’état qui correspond à l’Eveil.

« Il y a, ô moines, deux extrêmes qui ne doivent pas être fréquentés par un religieux errant: celui qui est l’attachement aux plaisir sensuels, vil, rustre, vulgaire, ignoble, associé au malheur, et celui qui est l’attachement à la macération de soi-même, pénible, ignoble, associé au malheur. Voici, ô moines, également éloigné de ces deux extrêmes, le chemin du milieu découvert par le Tathâgata, celui qui a crée œil (œil par lequel on voit la doctrine bouddhique), qui a crée la connaissance, qui conduit à l’apaisement, à la connaissance surnaturelle, à l’Éveil complet, a l’Extinction. Quel est, ô moines, ce chemin du milieu découvert par le Tathâgata, celui qui crée œil, qui crée la connaissance, qui conduit à l’apaisement, à la connaissance surnaturelle, à l’Éveil complet, à l’Extinction. C’est la sainte Voie aux huit membres, à savoir l’opinion correctes, l’intention correcte, la parole correcte, l’activité correcte, les moyens d’existence corrects, l’effort correct, l’attention correct et la concentration correcte. Tel est, en vérité, ô moines, le chemin du milieu découvert par le Tathâgata, celui qui crée œil, qui crée la connaissance, qui conduit à l’apaisement, à la connaissance surnaturelle, à l’Éveil complet, à l’Extinction

Voici encore, en vérité, ô moines, la sainte Vérité de la douleur: la naissance est douleur, la vieillesse est douleur, la maladie est douleur, la mort est douleur, l’union avec ceux que l’on déteste est douleur, la séparation avec ceux que l’on aime est douleur, ne pas obtenir ce que l’on veut est douleur, en résumé les cinq agrégats d’appropriation sont douleur.

Voici encore, en vérité, ô moines, la sainte Vérité de l’origine de la douleur: c’est la soif qui conduit à renaître, accompagnée de l’attachement au plaisir, qui se réjouit ici est là, c’est-à-dire la soif du désir, la soif de l’existence, la soif de l’inexistence.

Voici encore, en vérité, ô moines, la sainte Vérité de la cessation de la douleur: ce qui est la cessation et le détachement complet de cette même soif, son abandon, son rejet, le fait d’en être délivré, de ne plus s’y attacher.

Voici encore, en vérité, ô moines, la sainte Vérité du chemin qui mène à la cessation de la douleur: c’est la sainte Voie aux huit membres, à savoir l’opinion correctes, l’intention correcte, la parole correcte, l’activité correcte, les moyens d’existence corrects, l’effort correct, l’attention correct et la concentration correcte. »

Vinayapitaka des Theravâdin, édition siamoise, vol. IV, pp. 17-23 in Bareau, Bouddha, pp. 90-93)

<<Doutez de tout, et surtout de ce que je vais vous dire.>>

Sakyamûni Gautama, le Bouddha